Quand la finance pilote, les salarié-es trinquent.
Six mois après le lancement de REGAIN, il est désormais possible de dresser un premier bilan. Derrière les discours de notre direction sur la modernisation, l’agilité et la performance, se cachent les premiers effets dévastateurs de cette transformation vécus sur l’ensemble des périmètres. Ce bilan met en évidence une évolution préoccupante de la politique sociale : derrière chaque réorganisation, c’est un véritable changement de paradigme qui se dessine.
les réorganisations perpétuelles deviennent le mode de fonctionnement chez Orange.
Au premier semestre 2026, toutes les entités ont connu leur lot de réorganisations, de mutualisations, d’évolutions de métiers ou de réaffectations d’activités.
Présentés séparément, ces projets peuvent sembler indépendants. Observés dans leur ensemble, ils poursuivent un même objectif : réduire les coûts, augmenter la productivité, standardiser les organisations et diminuer les effectifs.
La dégradation de la santé des salarié-es s’accélère :
Les remontées du terrain sont convergentes : perte de repères, intensification de la charge de travail, multiplication des changements, démotivation et affaiblissement des collectifs.
Les médecins du travail alertent la direction sur les risques liés à cette succession de transformations. Ces alertes reposent sur l’observation de la réalité du travail et de ses conséquences sur la santé des salarié-es. Elles seules devraient suffire à obliger notre direction à prendre des mesures nécessaires pour préserver notre santé. En première mesure : la remise en cause de Regain.
La prévention recule au moment où les risques augmentent
Alors que les transformations délétères s’accélèrent, Orange réduit progressivement ses moyens de prévention.
Acter la disparition des préventeurs, la diminution des ressources dédiées à la prévention et l’éloignement des acteurs de terrain met en danger notre sécurité et notre santé. Dans ces conditions , Orange n’est plus capable d’assurer une prévention primaire, c’est-à-dire éviter l’apparition des risques, (une fois le risque avéré, il est beaucoup plus difficile de trouver des préconisations capables de les éliminer entièrement). Résultat : des conditions de travail dégradées, voir invivables, préjudiciables pour notre santé physique et morale.
la politique RH est aux ordres encore et toujours de la politique financière, aujourd’hui plus personne n’est assuré de la pérennité de son emploi.
Seuls les arbitrages économiques déterminent les organisations, le pôle RH intervient uniquement pour accompagner les conséquences de la casse sociale, lui-même pris dans la nasse du jeu des restructurations.Les salarié-es n’ont pas besoin d’une fonction RH qui joue la voiture-balai.
Nous avons besoin d’une politique RH qui protège, alerte et anticipe, plutôt que d’accompagner une performance financière construite sur le dos des salarié-es.
la valeur créée par les salarié-es bénéficie aux actionnaires, aux fonds prédateurs et aux dirigeants.
Cette logique de maximisation des profits se concrétise par la réduction des coûts, de suppressions d’emplois, d’externalisation de nos activités et d’un plan social déguisé (TPS).
Dans le même temps, la reconnaissance de notre travail, de notre investissement, de l’expertise et de nos compétences s’efface derrière la primauté du capital.
Le premier semestre 2026 ne marque pas seulement une nouvelle étape de transformations. Il révèle une accélération de la politique anti-sociale.
Pour SUD, la première richesse d’Orange n’est pas son cours en Bourse, c’est son personnel !
Nous continuerons d’exiger des moyens pour la prévention, une véritable politique RH tournée vers les salarié-es, la pérennité de nos emplois, la prise en compte des alertes des médecins du travail et une transformation qui place enfin l’humain au coeur des décisions.
Sans ses salarié-es, Orange n’existe pas.
Pour inverser le rapport de force, nous avons une arme essentielle : notre capacité collective à arrêter le travail.Dans d’autres entreprises, la grève et le blocage de la production ont permis de faire reculer les directions. À nous maintenant de nous organiser et de reprendre le rapport de force.
« Il y a une lutte des classes, c’est un fait. Mais c’est ma classe, la classe des riches, qui mène cette lutte. Et nous sommes en train de la gagner. »
Citation de Warren Buffet, au New York Times en 2006
Il appartient aux salarié-es de s’organiser, rien ne changera sans une mobilisation collective.
Dans un article de Forbes paru en 2023, C. Heydemann est qualifiée de « femme à poigne à la tête d’Orange ». Pas de doute que sa politique sociale se fait au forceps. Elle s’est fait les dents sur Alcatel –Lucent « fleuron de l’industrie française » en 2011 avec à son tableau de chasse, un plan de suppression de 5 500 postes. La suite de l’histoire pour Alcatel est la vente de sa division Entreprise à une entreprise chinoise, China Huaxin. Puis en 2016, Alcatel est racheté par Nokia et devient une de ses filiales. Se succèdent alors 4 plans de suppressions d’emplois en France pour réduire les coûts. Le plan social 2014 -2015 visait à économiser 1 milliard d’euros avec à la clef la suppression de 10 000 emplois. Au final, l’effectif d’Alcatel en France est passé de 38000 personnes à quelques milliers aujourd’hui.