LES DATACENTERS D’ORANGE NE SONT PAS DES PRODUITS FINANCIERS !


Ce qui n’était encore qu’une hypothèse est désormais devenu un projet officiel. Orange prévoit de créer avec Morrison, un gestionnaire mondial d’investissements spécialisé dans les infrastructures, une coentreprise détenue à 50/50. Orange apporterait à cette nouvelle structure cinq data centers français répartis sur quatre campus : Chevilly-Larue, Aubervilliers, Chartres et Val-de-Reuil.

La direction présente cette opération comme un moyen d’accélérer les investissements dans les infrastructures numériques et de renforcer la souveraineté numérique européenne.

Depuis plusieurs années, Orange multiplie les réorganisations, les filialisations, les externalisations, les partenariats et les opérations financières. À chaque fois, le vocabulaire est rassurant : simplification, modernisation, agilité, performance, valorisation, partenariat ou création de valeur. Mais derrière ces mots, une même logique se dessine : réduire progressivement le périmètre des activités directement maîtrisées par Orange.

Ce qui était hier intégré devient une filiale. Ce qui était une activité interne devient un partenariat. Ce qui constituait une infrastructure devient un actif valorisable. Et aujourd’hui, ce sont des data centers stratégiques qui entrent dans une structure détenue avec un investisseur financier.

C’est toute la logique capitaliste qui est à l’oeuvre : transformer ce qui a été construit par le travail en capital, puis faire du capital une machine à produire toujours plus de revenus pour celles et ceux qui le possèdent. La richesse créée par notre travail devient ainsi une source de rendement pour des investisseurs.

Mais la souveraineté numérique ne peut pas être compatible avec cette logique. Être souverain, ce n’est pas seulement posséder des serveurs sur le territoire français. C’est conserver la maîtrise des infrastructures, des technologies, des investissements et des décisions qui déterminent notre avenir numérique.

En ouvrant le capital de ses data centers, Orange ne renforce pas sa souveraineté : il en cède une partie. Nous refusons que la valeur créée par notre travail soit progressivement transformée en rendement pour des investisseurs.

Un data center n’est pas seulement un actif financier : c’est un outil industriel, des métiers, des compétences et une partie de notre capacité collective à maîtriser notre avenir numérique.

MORRISON, LE PRÉDATEUR EN COSTUME CRAVATE

Une machine à transformer les infrastructures en cash

Derrière le mot « partenaire » se cache un acteur dont le métier n’a rien à voir avec la défense d’un service au public ou la préservation des emplois. Morrison est un gestionnaire de capitaux spécialisé dans les infrastructures. Son seul objectif est de faire fructifier l’argent de ses investisseurs.

Son terrain de chasse ? Les infrastructures considérées comme rentables et offrant des revenus réguliers : énergie, transport, télécommunications… et désormais les data centers.

Son carburant ? Le capital. Son objectif ? Le rendement. Sa logique ? Acheter, investir, valoriser, optimiser et dégager du cash.

Pour Morrison, un data center n’est pas d’abord un lieu où travaillent des salarié-es, ni une infrastructure stratégique participant à la souveraineté numérique. C’est un actif financier capable de générer des revenus pendant des années.

Et c’est précisément cet acteur qu’Orange choisit de faire entrer à hauteur de 50 % dans la propriété de cinq de ses data centers.

Orange apporte les infrastructures et des années d’investissements. Les salarié-esapportent leur travail, leurs compétences et leur expertise. Morrison apporte le capital et entend en tirer un rendement.

Nous connaissons cette mécanique : lorsqu’un actif entre dans le portefeuille d’un investisseur, il doit produire. Les coûts deviennent des « leviers d’optimisation », les emplois des « charges », les activités des « périmètres » et les salarié-es des variables d’ajustement.

Le projet de coentreprise sera présenté au CSE DTSI le 16 septembre. SUD sera présent pour porter la voix des salarié-es et obtenir des réponses sur l’avenir des emplois, des métiers et des compétences concernés.

Nous défendrons également la maîtrise par Orange de ses infrastructures stratégiques et nous nous opposerons à leur financiarisation.

Nos data centers ne sont pas de simples actifs à valoriser : ils sont le fruit de notre travail, notre patrimoine industriel et une composante essentielle de la souveraineté numérique d’Orange.

SUD ne laissera pas la logique financière décider seule de notre avenir.

Pour Morrison, nos data centers sont un placement. Pour nous, ils sont notre outil industriel.

Et quand un fond entre dans une infrastructure stratégique, une question finit toujours par se poser :

combien de temps faudra-t-il avant que la recherche de rendement passe avant les emplois, les compétences et l’intérêt industriel ?