Quand la direction découvre… le prix d’un plein


Début avril, SUD a interpellé Mme Christel Heydemann sur la situation des salarié·es particulièrement affecté-es par la hausse continue des prix des carburants, en particulier dans les territoires sans réseau de transport en commun, où l’utilisation de la voiture est indispensable pour se rendre sur le lieu de travail.

Il aura donc fallu une crise pétrolière pour que la direction d’Orange reconnaisse enfin une réalité que les salarié-es vivent depuis des années : aller travailler coûte de plus en plus cher.

Dans sa réponse à notre courrier, la direction explique être « pleinement consciente des difficultés » rencontrées par les collègues vivant loin des grandes villes ou des transports collectifs. Une prise de conscience touchante… surtout quand on se souvient que ce sont précisément les restructurations, fermetures de sites, concentrations d’activités et politiques immobilières décidées par cette même direction qui obligent aujourd’hui des milliers de salarié·es à parcourir toujours plus de kilomètres.

Mais rassurez-vous, la direction « observe la situation ». Pendant que certains collègues choisissent entre faire un plein ou remplir le frigo, Orange préfère attendre « les prochaines semaines » avant d’envisager quoi que ce soit. Les NAO ? Circulez, il est « prématuré » de les rouvrir.

Le plus fascinant reste l’argumentaire patronal, l’entreprise souffrirait elle aussi de la hausse des coûts de l’énergie. Data centers, bâtiments, flotte automobile… tout augmente. Nous voilà presque invités à compatir pour un groupe qui continue pourtant d’afficher des milliards de chiffre d’affaires, de verser des dividendes confortables aux actionnaires et d’assurer des rémunérations indécentes à ses dirigeants.

Pendant que la direction explique aux salarié·es qu’il faut « préserver les marges », au sommet de l’entreprise, personne ne semble devoir arbitrer entre essence et courses alimentaires. Le capitalisme version Orange, c’est toujours la même mécanique, socialiser les efforts, individualiser les galères, privatiser les profits.

Même hypocrisie sur le télétravail. La prime qui n'a pas évolué depuis 2013 n’aurait pas besoin d’être revalorisée car, nous explique-t-on, « les salaires ont évolué ». Une phrase qui va certainement faire sourire jaune tous les collègues dont les augmentations ne couvrent même plus l'inflation et l’explosion des dépenses contraintes.

Quant au Forfait Mobilités Durables, Orange le met fièrement en avant. Problème, beaucoup de collègues n’ont tout simplement pas d’alternative à la voiture. Dans de nombreux territoires, il n’existe ni train, ni tram, ni réseau efficace ou compatible avec les impératifs familiaux.

Cette réponse illustre surtout une fracture de classe de plus en plus brutale chez Orange : d’un côté celles et ceux qui produisent la richesse et absorbent toutes les crises, de l’autre une direction hors-sol, protégée par ses rémunérations, ses bonus et ses actions gratuites, qui restent étonnamment compatibles avec le « contexte économique ».

Chez SUD, nous continuerons à rappeler une évidence, ce ne sont pas les salarié-es qui coûtent cher. Ce qui coûte cher, ce sont les choix d’un système qui préfère nourrir les actionnaires plutôt que permettre à celles et ceux qui travaillent de vivre dignement.

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